Soit dit en passant

Dimanche 7 décembre 2003

Le monde musulman n'est pas un groupe social isolé, susceptibe d'évoluer en vase clos. Il figure dans le drame humain à la fois comme acteur et comme témoin. Cette double participation lui impose le devoir d'ajuster son existence matérielle et spirituelle aux destinées de l'humanité. pour s'intégrer effectivement, efficacement à l'évolution mondiale, il doit connaîtrele monde, se connaître et se faire connaître, procéder à l'évaluation de ses valeurs propres et de toutes les valeurs qui constituent le patrimoine humain.

Vocation de l'islam, Malek Bennabi


Mercredi 26 novembre 2003

 

De la justice à la démocratie, en passant par les cloches - JOSÉ SARAMAGO

le monde diplomatique, mars 2002

la Justice : la justice, simplement la justice.

Non point celle qui se drape dans des tuniques de théâtre et nous entortille avec des fleurs de vaine rhétorique judiciaire. Non point celle qui a permis qu’on lui bande les yeux et que l’on falsifie le poids de la balance ; non point celle dont l’épée coupe plus d’un côté que de l’autre, mais une justice humble, une justice compagne quotidienne de l’homme, une justice pour laquelle juste serait exactement, rigoureusement synonyme d’éthique ; une justice qui réussirait à être aussi indispensable au bonheur de l’esprit que l’est la nourriture du corps pour la vie. Une justice exercée par les tribunaux, sans doute, dans tous les cas prévus par la loi, mais, aussi et surtout, une justice qui soit l’émanation spontanée de la société elle-même agissante ; une justice dans laquelle se manifeste, comme un impératif moral incontournable, le respect pour le droit à l’existence qui est celui de tout être humain.

http://www.monde-diplomatique.fr/2002/03/SARAMAGO/16221?var_recherche=justice+band%E9s


Dimanche 16 novembre 2003

Une politique qui ne parle pas à un peuple de ses devoirs, mais uniquement de ses droits, n'est pas une politique mais une mythologie, ou une sombre mystification.

Il ne s'agit pas d'ailleurs d'apprendre à un peuple des mots et des slogans mais des méthodes et des techniques. Il ne s'agit pas de lui chanter la "liberté": il connaît la chanson. il ne s'agit pas de direet redire qu'il a des droits : IL LE SAIT. On n'a pas à lui enseigner les vertus de l'union sacrée : son instinct grégaire les lui a apprises. En un mot il ne s'agit pas de lui "révéler" ce qu'il sait déjà mais de donner une méthode efficace pour actualiser ses dons et ses connaissances dans une forme sociale concrète. Plus exactement, il ne s'agit pas de lui parler de ses droits et de sa liberté mais de lui préciser les moyens de les acquérir, moyens qui ne peuvent être que l'expression de ses devoirs.

Pour la société post-almohadienne, ils'agirait donc moins de revendiquer des droits que d'utiliser techniquement l'homme, le sol et le temps pour produire la synthèse sociale qui engendre automatiquement le droit, en vertu de la dualité indissiociable : devoir-droit.

 

 


Jeudi 30 octobre 2003

Le drame musulman demeure donc le même qu’en 1948 quand les canons des armées arabes ne tiraient pas en avant mais en arrière !

Il est incarné par l’homme post-almohadien qui défie le temps comme une rémanence indestructible et nocive du passé.

Le problème des problèmes demeure, bel et bien, le problème de l’homme et il ne date pas d’hier.

« Quand les tyrans s’emparent d’un cité, dit le Coran, ils la pervertissent et avilissent son élite, ainsi agissent-ils »

La cité musulmane a été pervertie par les tyrans qui se sont emparés du pouvoir, après les quatre premiers Califes.

Le citoyen, qui avait voix au chapitre dans tous les intérêts de la communauté, a fait place au « sujet » qui plie devant l’arbitraire et le courtisan qui flatte

La chute de la cité musulmane a été la chute du musulman dépouillé désormais de sa mission de « faire le bien et réprimer le mal ».

Le ressort de sa conscience a été brisé et la société musulmane est entrée ainsi, progressivement dans l’ère post-almohadienne où la colonisabilité appelait le colonialisme.

L’ « homme malade » musulman eut d’abord à son chevet le maraboutisme qui ne pouvait ni le guérir, ni l’achever.

Le Kémalisme, le baâthisme charlatans n’ont rien modifié à la situation ; ils l’ont compiqué davantage.

Quant au salafisme et au Wahabisme, ils n’ont laissé que de pitoyables souvenirs dans une décomposition générale.

 

texte écrit en 1970 , tiré de la préface du livre Vocation de l'Islam de Malek Bennabi .